Lignes architecturales

Inspirée par les plus prestigieuses publications de ces dernières années, la monographie « Olivier Dwek – architectures » qui vient de paraître chez Beta-Plus fait résolument partie des livres-objets les plus éclatants de la rentrée.

Au départ était l’art. Cette passion coule dans les veines d’Olivier Dwek. Depuis l’enfance. Attiré par le visuel, doué pour le dessin, fasciné par l’histoire de l’art, il nourrira quelques regrets de ne pouvoir suivre cette discipline. L’architecture lui offre une alternative qui ne trahit pas ses aspirations, les deux disciplines étant étroitement connectées, tant historiquement que culturellement. C’est d’ailleurs par la découverte du bouleversement de la perspective par Mondrian que Dwek s’éveille à cette notion essentielle dans l’exercice de son métier. Aujourd’hui l’art continue de nourrir sa culture et sa créativité, en le faisant voyager loin de son quotidien et de la rigueur de ses projets. Bien plus que la forme ou l’esthétique des œuvres aimées, c’est la compréhension de démarches artistiques qui enrichit son esprit et sa propre créativité. L’innovation, les choix de matériaux, l’interprétation de mouvements historiques, la notion de détournement, les dialogues ou affinités entre différents travaux sont autant de composantes de son œuvre.

Bien qu’il puisse apprécier toute forme d’art, c’est singulièrement la sculpture qui éveille chez Dwek les plus fortes émotions. L’univers déconcertant de Paul McCarthy le subjugue, sans doute malgré lui et de façon subconsciente. L’œuvre protéiforme de l’artiste américain livre d’ailleurs un éclairage étonnant sur le processus créatif de Dwek et sur les va-et-vient incessants de son esprit entre l’art, l’architecture et le design : une clé de son travail. La série Propo du plasticien isole des accessoires, souvent de petite taille, utilisés lors de ses performances, entre 1972 et 1983, imprimés sur cibachrome de grand format, offrant soudain au regardeur un point de vue radicalement différent sur un objet aussi anodin qu’une tête de poupée, des bocaux de chili ou un corps de Barbie.

Pour Olivier Dwek, l’architecte est aussi cet illusionniste, ce magicien qui parvient à donner un aspect aérien à des constructions de pierre ou de béton. Jusqu’à assumer des choix plus esthétiques que constructifs, libérés de toute fonction ou justification architectonique. « La maison finalement, c’est une structure » ; considère Olivier Dwek. « Mon métier, c’est une histoire de lignes. Nous ne faisons que réinterpréter, des modèles universels, que l’on retrouve à toute époque dans l’art et dans les arts appliqués. » Ces incursions dans le monde de l’art ou du design moderniste ne sont pas gratuites. Car l’architecture d’Olivier Dwek opère de la même manière qu’un jeu sur les échelles. Souvent elle s’apparente à un objet, autonome. Le Corbusier défendait l’idée d’une machine à habiter ; Dwek s’emballe pour une sculpture à vivre. Une formule qu’il nuance : « A la différence de la sculpture, l’architecture est une réponse aux éléments, au soleil, à la pluie, au vent. Elle compose aussi avec des besoins humains vitaux. »

Kéfallonia. Céphalonie. Une île décrite par Homère déjà. Une épine dorsale qui culmine à 1628 m, à pic sur la mer Ionienne. Du continent, on la voit surgir des flots bleus, dans une lumière intense, souvent coiffée d’un voile de nuages. Alors, quand se présente l’opportunité de construire une maison face à ce spectacle, l’évidence s’impose. Le sujet, c’est l’île ; la maison, le cadre. Des premières esquisses à la concrétisation, le plan se construit autour d’une vue. Depuis les terrasses, le salon, la salle-à-manger, la cuisine, les chambres ou les salles de bains, toute la vie s’organise vers cette vision fascinante que l’architecture vient souligner pour la rendre plus théâtrale encore.

En Grèce, on vit sous le soleil. Ici, on compose aussi avec le vent de mer dont il a fallu abriter la maison, accrochée à flanc de coteau. Cette précaution prise, les frontières entre intérieur et extérieur s’estompent. D’immenses châssis coulissants ouvrent le salon et la salle à manger sur le patio, formant ainsi deux terrasses couvertes. Face au bleu Klein de la mer, le crépi blanc scintille comme l’écume et offre un contraste chromatique qui évoque les maisons traditionnelles des Cyclades. Une référence qu’Olivier Dwek revendique, convaincu par la nécessité de s’inspirer aussi de l’histoire vernaculaire de l’architecture pour s’inscrire avec justesse dans l’époque contemporaine.

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