La renaissance de Holemans

Depuis décembre dernier, la joaillerie Holemans a retrouvé un écrin digne de sa réputation quasi centenaire, en plein cœur de Bruxelles. Une renaissance que l’on doit au cofondateur de la maison Manalys, Moïse Mann.

Holemans et Mann: joaillers par hasard. La maison Holemans voit le jour en 1922. Le jeune Henri, embrigadé dans le premier conflit mondial en 1914, fait ses armes en travaillant le cuivre des douilles d’obus dans une école professionnelle située à deux pas des tranchées. Henri Holemans découvre là sa vocation et en fera son métier au sortir de la guerre. La paix revenue, il se dirige vers l’orfèvrerie sacrée et fonde son propre atelier en 1922. Jusque dans les années 50, Henri Holemans produira de superbes calices et croix ornés de perles et de pierres précieuses, inspirés des décors sobres et géométriques de l’Art Déco.

« Je suis entré en joaillerie par hasard... »

Celui qui est aujourd’hui à la tête de la Maison est lui aussi entré dans le métier par hasard. En effet, Moïse Mann envisageait d’abord d’être… cuisinier : « Je suis entré en joaillerie par hasard. Après l’économie à l’université, j’ai décidé de me réorienter vers un domaine qui m’attirait: la cuisine. Sauf qu’une fois arrivé à l’école, j’ai découvert que celle-ci dispensait aussi des cours de joaillerie. On m’a proposé de faire un essai, ça m’a directement plu et c’est comme ça que tout a commencé! »

Une fois diplômé, Moïse Mann travaille durant deux ans et demi dans un atelier à Anvers. Une expérience qui va lui permettre d’affiner ses connaissances et sa technique. Après Anvers, il rallie Bruxelles où il est engagé par Holemans en tant qu’ouvrier. Une aventure qui va durer 17 ans, et qui le verra passer du statut d’artisan joaillier à celui de responsable des ventes, puis de directeur de la boutique que la maison belge avait ouverte Place Vendôme à Paris. 

En 2008, le monde est frappé par une crise financière, suivie d’une crise économique. Le petit groupe belge s’enfonce dans le rouge, ce qui contraint Thierry Holemans à se séparer d’une bonne part de son personnel, dont Moïse Mann. Une tuile qui va en fait lui permettre de rebondir, et de créer sa propre maison: Manalys. Mais cinq ans plus tard, Thierry Holemans ne voit qu’un homme à même de reprendre la barre de son entreprise… Moïse Mann!

Un espace raffiné

La joaillerie Holemans est désormais installée au numéro 4 de la Place du Grand Sablon, juste à côté d’une autre institution bruxelloise: l’antiquaire Costermans. La boutique, logée au rez-de-chaussée d’une superbe maison bourgeoise datant de 1728, se joue des contrastes…
C’est l’architecte bruxellois Olivier Dwek qui a conçu ce nouvel espace qui bouscule les codes classiques, tout en s’intégrant parfaitement dans cette vénérable bâtisse. On trouve ainsi un grand mur en aluminium brossé, qui contraste avec les élégantes boiseries Zebrano, un arbre naturellement très nervuré. La verrière d’inspiration Art Déco, créée par un artisan belge, distille la lumière naturelle du jour sur la table de présentation, tout en rappelant les premières inspirations d’Henri Holemans. Le cuir des tables et des sièges provient pour sa part de la maison italienne Poltrona Frau, célèbre pour ses tanneries à la qualité exceptionnelle.
Mais le décor ne s’arrête pas là. En effet, Moïse Mann a souhaité mettre un artiste en valeur: « J’ai choisi le designer irlandais Joseph Walsh, pour l’originalité et la pureté des formes qu’il crée. Nous avons opté pour un canapé tout en courbes sculpté dans du frêne, et pour une table en marbre brut. Deux pièces exceptionnelles qui sont le fruit d’un travail 100 % artisanal, et qui trônent au milieu de la boutique. »

Enfin, le nouveau propriétaire a également tenu à raviver une tradition propre à la joaillerie Holemans: « Fidèles à l’esprit d’excellence de la Maison, nous avons tenu à ce que l’atelier soit exposé aux regards des visiteurs, une tradition qui est née en 1981 et que l’on souhaite perpétuer dans la nouvelle boutique. »

L’esprit Holemans: tout sauf formaté

Le retour de Moïse Mann auprès de la maison Holemans est pour lui l’occasion d’insuffler un nouvel esprit, tout en respectant un savoir-faire et une tradition qui ont fait la réputation de la maison bruxelloise. Du coup, au numéro 4 de la Place du Grand Sablon, on retrouve une poignée d’artisans, du travail fait main, des outils traditionnels et des gestes ancestraux. Joaillers et sertisseurs d’aujourd’hui en profitent pour redonner vie aux icônes Holemans d’hier: le célèbre solitaire Antilope dessiné par Jean Holemans dans les années 80 ou encore l’élégante bague Océan ne sont que deux exemples.

De nouvelles collections voient également le jour, à l’image de Gabrielle, qui exprime le lien éternel que l’amour tisse entre deux êtres grâce à une élégante maille pavée de diamants qui se décline en bague de fiançailles et parure. La collection Art Déco pour sa part s’inspire du mouvement architectural éponyme. La matière est ici travaillée tout en légèreté, grâce à des découpes symétriques. En résulte une série de bijoux graphiques à l’élégance intemporelle.

L’esprit Holemans est bel et bien là, mais il s’est vu affûté, rajeuni et revitalisé.
 
Des archives comme source d’inspiration

Ce qui distingue Holemans, c’est la création, du dessin à la fabrication, de ses propres collections, d’autant que ses archives, précieusement conservées, regorgent de centaines de croquis et d’esquisses qui constituent une excellente source d’inspiration pour le développement de nouvelles pièces. Les laques reflètent également un nouvel élan. Cette technique, transmise par Thibault, le petit fils de Jean Holemans, opère son retour dans une série de bijoux exceptionnels. 

« Holemans conçoit ses collections pas à pas. Sur base d’une esquisse, on crée un nouveau projet qui exige que l’on trouve des pierres à même de sublimer celui-ci. Ces créations made in Belgium privilégient le fait main. Une à une, chaque pièce se décline et d’autres pierres, d’autres couleurs la subliment. A ce titre, chaque création Holemans est donc unique et exceptionnelle » explique Moïse Mann. 

Parmi ces créations maison, la nouvelle collection privée, qui est appelée à grandir dans les prochains mois, révèle déjà un perroquet aux couleurs éclatantes. Cette collection, plus exclusive, veut mettre la créativité et le savoir-faire joaillier au devant de la scène grâce à des pièces audacieuses, exotiques, et serties de pierres rares, rigoureusement sélectionnées.

L’oiseau, baptisé Papagaio, est un pendentif en titane serti d’une tsavorite de 2,24 carats, de 209 diamants blancs, de 41 diamants jaunes et d’un minuscule jade noir pour l’œil. Une belle synthèse de l’art joaillier de la maison bruxelloise!

 

www.holemans.com

4 Place du Grand Sablon 1000 Bruxelles
+32 2 538 83 11

Ouvert du mardi au dimanche