De la pierre brute au joyau

Alain Z. nous fait l'honneur d'entrer dans nos bureaux à Bruxelles. On se pose dans un fauteuil profond. On regarde quelques photos qu’on a prises de ses ateliers Belgium Diamonds situés à Anvers.

La première photo montre des diamants bruts de carats différents posés sur une table. Alain Z. commence son histoire:

À la source 

Au départ, avant même l'achat de la pierre brute, trois canaux principaux contrôlent la majorité de la matière première. Il y a d'abord De Beers, appelé  Diamond Trading Company (DTC), qui livre de la marchandise venant en majorité des pays d’Afrique. Autrefois, ce conglomérat travaillait principalement d’Anvers, maintenant il a déménagé son opération principale au Botswana, un pays juste au-dessus de l'Afrique du Sud. Les deux autres canaux sont la compagnie russe Al-Rosa et la compagnie anglo-australienne Rio Tinto. Bien sûr, il y a d'autres extracteurs, mais ces trois géants cités sont les principaux acteurs dans la régularisation du marché mondial du diamant brut.

Chaque mois, ces canaux, qui ont seulement quelques entreprises membres (Sight Holders), sortent une quantité de diamants bruts sur le marché, dont la valeur totale avoisine les 400 à 800 millions de dollars. Une seule boîte de ces pierres pourrait valoir entre 1 à 5 millions de dollars. Un membre reçoit une boîte, il l'ouvre, observe la marchandise, c’est ce qu’on appelle le droit de vue, ou Sight en anglais.

Au prochain niveau, certaines entreprises, acheteurs de lots fournis par les compagnies minières, vendent sur le marché du brut, dont le plus grand au monde est à Anvers. Presque tous les diamantaires en dépendent. Belgium Diamonds, entreprise active partout dans le monde, intervient également à ce niveau, puisqu’elle couvre toutes les étapes de la chaîne.

Le pacte du Mazal

Belgium Diamonds se rend dans un bureau de vente. Le vendeur lui montre un lot de diamants bruts. Le gemmologue vérifie la qualité des pierres. Comme tout autre diamantaire, si Belgium Diamonds se contente de la marchandise, et que les deux se mettent d'accord sur le prix, les deux concluent la transaction par un serrement de main. On appelle cette étape traditionnelle le "Mazal". Ce mot hébreu, entré dans le jargon du métier, signifie "bonne chance". Il est un pacte de confiance entre le vendeur et l’acheteur, car le second peut emporter la marchandise avant d’envoyer par la suite le virement bancaire. Alain Z. a déjà subi un abus de cette confiance:

"Un jour, un prétendu diamantaire d'Allemagne me téléphone, citant des collègues qui me sont proches. Il m'annonce qu'il a un client qui cherche d'urgence des diamants taillés. Je lui en envoie les certificats et les photos. Il passe commande. J'attends néanmoins l'argent. Je ne reçois aucun virement. La personne me prévient que son client veut le plus vite possible les pierres précieuses. Alors je les envoie. Il ne me donne plus aucune nouvelle. J'apprends plus tard que c'était un escroc qui avait fait faillite un an avant. Même s'il y a des risques et des abus dans le métier, je continue à faire pleinement confiance à mes clients. Il est très rare qu'une personne brise le pacte du « Mazal."

Et le brut devient bijou

Une fois la pierre mesurée, pesée, observée, on passe à l'étape du taillage. Belgium Diamonds sélectionne quelques pierres brutes à tailler. "On ne peut tailler du diamant qu'avec du diamant. On l’insère alors dans une tenaille pour la fixer, et parce que le diamant absorbe très vite la chaleur du frottement. Une fois la pierre fixée, on la frotte sur un disque en acier (appelé un moulin), comportant des lignes creuses dans lesquelles se trouve de la colle mélangée avec de la poudre de diamant", explique Alain Z. 

Quand le diamant est taillé, l’artisan l’envoie à un laboratoire pour expertise certifiée : l’assurance de la qualité de la pierre. Pour cela, les trois laboratoires de référence sont : Gemological Institute of America(GIA) aux Etats-Unis ; en Belgique, Hoge Raad voor Diamant (HRD) et International Gemological Institute(IGI). L’expertise du laboratoire varie selon la règle des quatre « C » : la coupe, la clarté, le carat et la couleur de la pierre. 

"Dans le commerce, il arrive que deux diamantaires vendent des pierres avec les mêmes caractéristiques à des sommes différentes. Par exemple, si vous achetez un diamant dans une grande bijouterie, vous payerez un autre prix que chez Belgium Diamonds. Comme la valeur d’un bijou est déterminée par la qualité du diamant serti, l’avantage de Belgium Diamonds, qui préfère ne gagner qu'une petite marge sur la vente, est très important. Cela nous paraît plus intègre envers le client", conclut Alain Z. 

Ainsi, pour un client lambda, le meilleur conseil à donner est de comparer les prix et les certificats des diamants semblables pour conclure l’achat le plus commode.