L’omniprésence des images

Quelle place les médias et la technologie ont-ils pris dans nos vies? A quel point sommes-nous devenus addicts aux images?

A travers sa nouvelle exposition Trash Tv, l’artiste belge Christopher Coppers interroge notre relation et nos comportements face à l’omniprésence des images, et nous propose une variation plastique sur la surconsommation médiatique…

Un père photographe de mode, un regard curieux sur le monde dans lequel il évolue, le goût du dépassement... sont autant d’éléments déterminant un parcours caractérisé par une évolution cohérente et axé sur sa passion des magazines, qu’il collectionne depuis l’âge de 10 ans. Tout au long de sa formation artistique, Christopher Coppers explore le thème de la contamination graphique : reprendre une image et la déchirer pour voir ce qu’on peut en retirer, ou l’approche paradoxale d’une « destruction créatrice » contrôlée. « Je passe des heures à jouer sur l’image avec un cutter pour redonner une autre valeur à un magazine, une deuxième vie, par une exploration des textures, des matières et des reliefs… en ayant parfois recours à la technique de la résine, qui pérennise le papier. Je m’intéresse particulièrement à la place de ce média dans la vie des gens. Pour certaines personnes, le magazine est quasiment devenu une religion, un mode d’emploi incontournable pour vivre au quotidien. On nous y explique comment consommer, comment aborder sa vie sexuelle, sentimentale, sociale… »

De détournements de magazines de mode vers la 3D à la l’exploitation de leurs déchets, l’artiste développe ses moyens d’expression et décline ses points de vue sur notre société contemporaine. Pas étonnant dès lors qu’une de ses thématiques récurrente soit la sexualité, pilier de notre comportement social : « Malgré la libération de 68, aujourd’hui, la sexualité est à la fois omniprésente et taboue. Elle a été prise en otage par les médias mais en privé, il est presque devenu has-been d’aborder le sujet.» Pour sa première expo solo, Christopher Coppers Sexpose, il revisitait le concept de la ménagère de moins de 50 ans telle qu’elle était représentée dans les publicités des années 70. Par la mise en scène d’une série de mannequins recouverts de déchets de magazines « comme une seconde peau », il nous livrait, tout en jouant à fond la carte du kitsch, les stéréotypes de la femme actuelle.

En conceptualisant les déviances médiatiques de notre société pour Trash TV, son rapport passionnel au papier glacé et à l’image s’affirme et se développe de manière toujours plus inventive. Certes, on retrouve ici ses covers cuttérisées en 3D, mais incrustées cette fois d’ipod faisant défiler une série d’images qui accentuent ou donnent d’autres sens à l’image papier. La pièce centrale de cette nouvelle exposition, une installation de cinq télés dans une benne, diffuse simultanément leurs programmes représentatifs d’autant de dimensions sociétales prédominantes : le jeu, l’enfance, les séries télé, la télé-réalité et le sexe. En jouant sur notre inconscient collectif, il questionne notre relation à la dictature des images : « De passage aux Etats-Unis, j’ai subi des programmes à fragmentation avec des publicités intempestives, on est littéralement pris en otage ! La dépendance aux télés réalités est également un sujet fascinant. Est-ce du simple voyeurisme, le plaisir de rentrer dans la vie des autres ? Jusqu’à quel point sommes-nous prêts à laisser combler notre fatigue et notre ennui par une telle vacuité ? » Le propos est acerbe mais l’artiste se refuse de passer pour un militant : « La manipulation médiatique est omniprésente. Mais je ne la rejette cependant pas. Trash TV est une variation née de mon exacerbation sur la médiocrité télévisuelle, son nivellement vers le bas. Mon but n’est pas de créer la polémique avec un travail politiquement engagé. Je me pose en simple témoin matérialisant son regard sur notre époque. »

Points clés

En une dizaine d’années à peine, le talent de Christopher Coppers s’est taillé une place enviable sur la scène artistique. Un parcours sans faute, dont on retiendra notamment : « The Word viewed by Christopher Coppers » pour le lancement du magazine Word au Bozar shop, en 2009 ; « Christopher Coppers Sexpose » à l’espace B19, la même année (déjà soutenu alors par Cédric Emelinckx), et en 2010 à la Woolff Gallery de Londres. Consacré deux fois par l’Affordable Art Fair (Bruxelles et Paris), il est élu finaliste du concours « La collection RTBF/Canvas Collectie », se distinguant ainsi parmi pas moins de 8200 participants. Autant de marques de reconnaissance de la part d’un milieu certes toujours à l’affut de talents émergents, mais néanmoins élitiste et exigeant. 

www.christophercoppers.com