New color fall Harmonies

En modulant nos habitudes de la perception avec ses peintures-événements, le plasticien anglais Ian Davenport nous fait quitter le connu pour nous emmener vers d’autre harmonies. S’inscrivant dans une continuité avec l’Optic Art, il se singularise pourtant par une approche émotionnelle des contrastes lumineux. Il est, en effet, plus proche d’un rythme musical improvisé que d’une recherche purement théorique. Partant d’études sensuelles sur les alliances nouvelles de couleurs, il déverse ensuite ses pots de peinture sur des surfaces métalliques qui, par leurs singularités propres, partipent à un processus créateur où l’homme, le support et les coulées de peinture s’inscrivent au sein d’un événement, daté et signé. 

Quand je faisais mes études, d’abord au College Northwich, puis au Goldsmiths College, on pouvait encore travailler sur papier. Photoshop venait d’être inventé. Nous n’étions pas encore baignés dans le digital et le virtuel. J’aimais déjà à penser à la possibilité de travailler sur des pigments de couleurs, aussi vieux que les traces artistiques laissées sur les grottes préhistoriques, mais en alliant cette richesse avec des techniques modernes. Personnellement, j’ai choisi des gestes « réels » et des matériaux « réels » pour faire vivre de réelles expériences au public. Vous pouvez voir des reproductions digitales d’une œuvre sur le net, mais rien ne pourra jamais remplacer l’expérience directe d’une toile au National Gallery. Donc ma technique accueille la modernité (support, logistique), mais cultive l’aspect dramatiquement physique de mes matériaux que je laisse vivre dans mes oeuvres. C’est l’aspect « perfomance » de mon art », explique Ian Davenport, un des plus brillants Young British Artists, devant ses œuvres exposées à la Galerie Flore, place du Châtelain. Ses peintures d’une fausse rectilignité, d’une fausse pure géométrie colorée nous intriguent. Ces chutes de couleurs bouleversent émotionnement. On est face à une « jam » musicale, aussi improvisée que contrôlée. 

« L’élément Temps est crucial dans mon travail. Chaque coulée de peinture a sa temporalité, sa vie. Elle est pleine de micro-accidents ». Ce  qui donne tout le relief, la profondeur à des surfaces dont le grain est bien une information d’un réel qui résiste aux invasions digitales et virtuelles. « Mon travail est sur la matière, le temps, le réel. J’espère ainsi enrichir une perception appauvrie par le virtuel ». Nos yeux saturés d’images quittent ainsi leur habitudes sensorielles pour embrasser de nouveaux horizons. De nouvelles harmonies colorées. Dé-territorialisations. 
Re-territorialisations ?

A la Flore de Brantes Gallery,  jusqu’au 3 octobre, Hangar 18 place du Châtelain, 1050 Bruxelles