L'ameublement, autrement

L’enseigne Roche Bobois est un acteur à part dans le petit monde de l’ameublement. Combinant un réseau de franchisés avec une production sous-traitée, les collections se multiplient et ne se ressemblent pas. Une liberté de ton et une créativité bouillonnante qui font toute la différence avec la concurrence.

le premier magasin à avoir ouvert ses portes en dehors des frontières de l’Hexagone le fut en Belgique

Nicolas Roche est directeur de la collection des articles contemporains chez Roche Bobois. Descendant de la famille Roche, cofondatrice de Roche Bobois avec la famille Chouchan, il a intégré le groupe il y a 10 ans, après avoir créé et dirigé une agence d’architecture pendant 20 ans. « J’ai été beaucoup passionné par l’archi, mais, après deux décennies, j’ai eu envie de relever un nouveau défi. En outre, j’avais jusqu’alors une petite appréhension de travailler avec la famille, mais j’ai fini par changer d’avis » ajoute-t-il. « Mon rôle consiste à coordonner la création de deux collections chaque année, et de soumettre de nouvelles idées à notre réseau. L’inspiration provient de multiples facteurs, allant des goûts personnels aux tendances que l’on retrouve dans les magazines, auprès de nos concurrents ou encore provenant de jeunes designers qui sollicitent une nouvelle collaboration.  Le fait de proposer deux collections par an signifie aussi que nous avons la possibilité de tester de nombreuses choses. Afin de ne pas être juge et partie, je privilégie généralement les collaborations extérieures, avec des designers dont nous apprécions le travail. A titre d’exemple, l’une de nos plus belles collections a été réalisée en collaboration avec le designer belge Stéphane Lebrun. »
Une fois un projet validé par le réseau, celui-ci entre en collection et y demeurera jusqu’à ce qu’il ne se vende plus. Les produits et articles Roche Bobois ont donc une vie assez particulière, certains n’étant distribués que durant quelques mois, d’autres connaissant une carrière brillante durant plusieurs années voire plusieurs décennies.
 
Mariage entre concurrents
 
Roche Bobois naît en 1960, de la rencontre de deux passionnés d’ameublement. A l’époque, Philippe et François Roche tiennent une boutique d’ameublement à Paris, tout comme Jean-Claude et Patrick Chouchan. Deux maisons concurrentes, qui distribuent principalement des meubles scandinaves, et qui vont entamer une collaboration en 1960, à l’occasion du salon de Copenhague. « Plutôt que de se combattre, les deux familles décident à l’époque de s’unir, afin de constituer l’ébauche d’un groupement d’achat. Leur but: acheter de plus grosses quantités de meubles, à un tarif plus avantageux. Cette société d’importation prend rapidement son envol, ce qui sera matérialisé par une première publicité parue en 1961 dans le magazine Elle » explique Nicolas Roche.

Un essor qui va conduire cette association à ouvrir de nouvelles enseignes, les deux points de vente parisiens ne générant pas encore suffisamment de volume que pour exiger des prix-planchers de la part des fournisseurs scandinaves. De là naît l’idée de constituer un réseau d’enseignes franchisées en province (une première dans l’ameublement à l’époque), afin d’augmenter les ventes tout comme la marge bénéficiaire du groupe parisien.
Rapidement, l’idée de constituer des collections exclusives se fait sentir, les différents franchisés appelant à une certaine exclusivité dans les produits qu’ils distribuent. Roche Bobois se mue alors lentement en un éditeur de collections, et, dès 1964, entame une collaboration avec plusieurs designers de renom, comme Hans Hopfer, Pierre Poulin, Annie Tribel ou encore Marc Berthier, afin de créer des collections propres, fabriquées exclusivement pour l’enseigne française. Au début des années 70, Roche Bobois a la mainmise sur toute sa collection, ne distribuant plus que des articles qui lui sont propre. C’est à cette époque que le business model de Roche Bobois International prend sa forme actuelle, continuant par ailleurs à assurer la communication de l’enseigne au bénéfice de chaque franchisé.

Une expansion continue
 
Aujourd’hui, Roche Bobois compte 260 magasins dans une cinquantaine de pays répartis tout autour du globe. Pour l’anecdote, le premier magasin à avoir ouvert ses portes en dehors des frontières de l’Hexagone le fut en Belgique. « C’était une évolution naturelle » explique Nicolas Roche. « Le groupe a entamé son expansion par un marché où l’on parlait le français, à savoir la Belgique. Ont rapidement suivi la Suisse puis le Canada. Ce n’est qu’après que nous nous sommes étendus vers des pays non francophones. »

Depuis ses débuts, Roche Bobois joue la carte du distributeur, et non du fabricant. Du coup, le groupe français n’a pas de contraintes liées à ses outils de production et n’est en rien limité par ceux-ci. Une souplesse, une liberté, qui permet à Roche Bobois de faire appel aux meilleurs fabricants, dans tous les domaines confondus. « Il y a quatre ans, nous nous sommes lancés dans la distribution de chaises en polycarbonate. Nous avons pu opter pour le spécialiste en la matière, nous assurant d’une qualité optimale, pour des produits exclusifs imaginés dans nos studios. Du coup, nous ne sommes pas non plus engoncés dans un style particulier. Nous disposons donc d’une gamme de produits extrêmement variée. Roche Bobois est aussi apprécié pour cette capacité à proposer une multitude de produits et de styles, allant du produit de niche à une gamme plus généraliste. »

Roche Bobois a également choisi de travailler sur le principe de la contremarque, à savoir le travail fait à l’ordre pour un client particulier. « Ce choix nous impose d’être relativement proche des usines partenaires, afin que nous puissions maintenir un flux de production non-industriel, caractérisé par des petites séries, mais également une certaine réactivité de nos fournisseurs, sachant que l’on fonctionne avec deux nouvelles collections par an. Du coup, nous travaillons quasiment exclusivement avec des usines qui se trouvent en Europe, dont plus de 50 % en Italie qui demeure un vivier d’ateliers et d’usines de référence en ameublement. »
 
L’ameublement, un métier stable?
 
Le secteur de l’ameublement a connu de nombreux soubresauts ces dernières années. Le métier a profondément changé en l’espace d’une petite dizaine d’années: « La vente sur internet, l’émergence de nombreux petits éditeurs ou encore le prototypage rapide ont bouleversé le métier et rebattu les cartes. S’ajoute à cela une conjoncture plutôt instable dans laquelle l’équipement de la maison n’est pas forcément considéré comme une priorité. Du coup, la croissance du groupe Roche Bobois se fait à l’exportation, avec des marchés comme l’Angleterre, les Etats-Unis et la Chine où une croissance à deux chiffres est toujours observée. S’ajoute à cela de nombreuses demandes d’ouverture de magasins dans des pays émergents, comme l’Inde ou le Guatemala. Du coup, Roche Bobois se porte bien, profitant de ces éléments qui permettent de contourner une conjoncture qui n’est pas spécialement favorable. Ceux-ci nous permettent aussi d’envisager le futur de façon sereine, d’autant que nous vivons une période créative très dynamique, où chaque jour nous apporte de nouvelles idées et de nouvelles sollicitations de collaboration provenant de jeunes créateurs du monde entier, ce qui permet d’internationaliser mon équipe » conclut Nicolas Roche.
 
www.roche-bobois.com